« A bout portant », ça fait mal (critique et interview vidéo)

Invité à découvrir le nouveau film de Fred Cavayé « A bout portant », je ne pensais pas me prendre une claque pareille d’une production française.

Tout a commencé dans une rue sombre de Paris quelques mois auparavant, quand Pingoo me dit « je viens de voir un extrait de film non finalisé… c’est encore en travaux mais ça claque vraiment, j’ai hâte de voir la version finalisée ».

Ma curiosité étant piquée, j’ai suivi avec attention les avancées de « A bout portant », jusqu’à être invité à l’avant-première en présence de Fred Cavayé, le réal, que je n’ai pu résister d’interviewer :


« Pourvu que cela vous plaise, sinon les français vont continuer à faire des films dans des cuisines pendant longtemps »

C’est LA phrase lancée par Fred à une salle attentive et curieuse : un thriller français c’est déjà assez rare comme ça… donc s’il pouvait être bien , ça éviterait de dézinguer le genre et décourager les producteurs comme Gaumont pour les 15 ans qui viennent.

Parce qu’un producteur, c’est fragile, c’est facilement apeuré, et ça revient naturellement vers ce qui marche (en France) : le film intimiste tourné dans un appartement parisien tandis que la grisaille de la fin de journée emplie les protagonistes d’une mélancolie post-trentenaire cachant maladroitement un lourd secret.

Remarquez, quand on voit ce qui a flingué le genre « science-fiction » en France, je peux tout à fait comprendre :


Le pitch :

Tout va pour le mieux pour Samuel et Nadia : lui est bientôt infirmier et elle, attend son premier enfant. Mais tout bascule lorsque Nadia se fait kidnapper sous l’oeil impuissant de Samuel. A son réveil, son portable retentit : il a trois heures pour sortir de l’hôpital dans lequel il travaille un homme sous surveillance policière. Le destin de Samuel est désormais lié à celui de Sartet, une figure du banditisme activement recherchée par tous les services de police. S’il veut revoir sa femme vivante, Samuel doit faire vite…

Alors, c’est bien ?

Oui, c’est bien. Pas le film du siècle, non. Mais un bon moment : très rythmé, de longues course-poursuites, des acteurs impeccables comme Gilles Lellouche et Roschdy Zem.

Le scénario commence assez classique – presque téléfilm – pour monter crescendo peu à peu, selon la logique des dominos : l’un entraîne l’autre, sans trop savoir quand est ce que cela va s’arrêter. C’est la grande qualité de ce film basé sur un scénario musclé.

C’est pas trop caricatural ?

D’aucune dise qu’il y a de multiples erreurs dans le film. Peut-être. Il y a des l’inspiration américaine dans les course-poursuites, et pour moi ce n’est pas une erreur en soi. Même si la station de métro parisienne Opéra est pour l’occasion fusionnée avec celle de Saint Lazare, mais passons…

En revanche, il est vrai que Gérard joue trop à Lanvin : taciturne, articulant à peine ses répliques pour se donner un air de dur, c’est limite carton jaune. Moi, je préférais le Lanvin en chevalier blanc ou en livreur :


Faut y aller ?

Oui, ne serait-ce que pour éviter d’avoir des films tournés dans des cusines pour les 10 ans qui viennent.

Au pire, si vous l’avez raté, ça fera une excellente soirée DVD ou VOD sur la nouvelle Freebox.

PS : ce film ferait un parfait candidat pour un remake US, à l’image du premier de Fred Cavayé « Pour Elle » qui est devenu « Les trois prochains jours » en traversant l’Atlantique.