Facebook Messages, le piège qui va asseoir la suprématie de Facebook

Facbook a annoncé hier soir ça nouvelle messagerie « sociale » qui a pour but d’agréger l’intégralité des échanges entre deux personnes, qu’ils soient issus d’un chat, de SMS ou de courriels.

A ce titre, même si Facebook se défend de vouloir tuer l’e-mail (dont les poids lourds sont Hotmail et Yahoo aux USA avec à eux deux presque autant de comptes que Facebook !), il est clair que la société du petit Mark essaye de réinventer un outil vieillissant mais toujours très utilisé.

Rendre service plutôt que de ré-inventer le courrier électronique

Il essaye surtout d’éviter l’écueil rencontré par Google et Wave : en clair, on vous rend d’abord service en agrégeant les conversations, et en vous donnant un outil intelligent vous permettant de trier entre messages importants (ses amis proches) et moins importants (les messages d’invitations à des groupes, des soirées, des contacts moins récurrents).

Et seulement si vous le voulez, s’ouvrir sur sa messagerie actuelle en échangeant avec les personnes qui n’ont pas Facebook.


Facebook en veut toujours plus

C’est là que la mécanique virale de type « stratégie du dealer » entre en jeu : en se connectant à des personnes qui n’ont pas Facebook mais qui ont un courriel, Facebook les intègre dans sa base.

Outre grossir artificiellement le nombre d’utilisateurs potentiels, le réseau de Mark Zuckerberg va peu à peu devenir l’outil indispensable pour les deux parties (l’utilisateur de Facebook et celui de courriel), poussant l’utilisateur de courriel à aller vers Facebook car finalement « s’il était membre de cette communauté il pourrait avoir accès à bien plus sur ses amis » : photos, invitations, statuts, etc. Ce que ne manquera pas de lui faire remarquer son amis facebookien (je suis en train de faire cela avec ma petite soeur, c’est vous dire si je vois très bien la mécanique se mettre en place).

Facebook ne veut pas tuer le mail

Conclusion : Facebook Mail ne veut pas tuer le mail, et c’est vrai. C’est au contraire un formidable outil de recrutement et d’évangélisation basé sur des usages de chaque côté de la barrière : « le mail c’est limité regarde tout ce que tu peux faire avec Facebook » / « Finalement ma boite mail elle est limitée et j’y reçois des tonnes de spam, sur Facebook il n’y a que mes amis qui me parlent et tout est agrégé simplement ».

Sans oublier que c’est un nouveau levier pour augmenter la captation de temps passé sur le réseau et afficher plus de pub. D’ailleurs, rien ne dit que Facebook ne va pas screener les messages à la mode Gmail pour associer des annonces de marques ou bien proposer des rapports d’usages à des marques présentes sur la plateforme.

La timide riposte Gmail

Côté Gmail, Google a d’abord proposé Buzz, pour agréger les flux sociaux de type « statut » (twitter, friendfeed…), puis a sorti assez discrètement en septembre 2010 une boite aux lettres « intelligente », basée sur la fréquence d’utilisation et de réponse à certains messages, et triant automatiquement les messages importants ou pas pour l’utilisateur.


Mais le tri reste basé sur le contenu, pas sur les interactions sociales. C’est là qu’intervient Facebook et la force de son Social Graph, qui devient l’outil d’analyse pour classer l’information non pas en fonction de sa teneur mais de son émetteur et de sa proximité sociale.

Asseoir sa suprématie commerciale

Facebook ne veut donc pas tuer le mail mais le ré-inventer en douceur, toujours en s’appuyant sur sa force première : les usages sociaux de sa communauté de plusieurs centaine de millions de membres.

Tout en posant les incontournables questions de confidentialité des échanges, et de marchandisation de ceux-ci, Facebook ainsi en sa possession une formidable base de données qui comporte à la fois les profils des membres, les actions de ceux-ci en temps réel (statuts) ou différé (photos…), leurs goûts (I Like), leurs envies (invitations, pages de Fans), et maintenant une vision précise de qui échange fortement avec qui y compris en dehors de la plate-forme (avec, à la clé, l’affinage du graphe social, la base de l’algorithme du site).

Une mine d’or pour les marques, une datamining hallucinant, et, il faut le reconnaitre, une addiction toujours plus forte des utilisateurs qui voient leurs usages placés au centre du mécanisme. Superbe piège.